Libération: la presse est morte, vive la presse

Un exemplaire de France-Soir dans un kiosque à Paris, en 2010. (© AFP Thomas Coex)

Mort à 67 ans des suites d’une longue agonie. Le dernier numéro de France-Soir, quotidien national historique, est paru mardi (lire ci-contre). Avec le titre, qui n’existera plus que sous une version numérique, ce sont 89 emplois qui devraient disparaître. Epilogue sinistre d’une histoire chaotique, mais également symbolique d’une presse écrite en crise : sous-capitalisation des journaux, imprimeries obsolètes et coûteuses à réformer, distribution ruineuse, baisse des revenus publicitaires, érosion du lectorat…

Modèle. Ces dernières années, les journaux ont pris des coups. La presse quotidienne nationale en particulier. A la Tribune, en procédure de sauvegarde depuis janvier pour geler sa dette de 11 millions d’euros, le calendrier est serré : les éventuels repreneurs doivent déposer leur candidature demain midi, dernier délai. Et, lundi le tribunal de commerce se prononcera sur le placement en redressement judiciaire du quotidien économique. L’Humanité n’est pas en très grande forme non plus. En 2010, le titre, qui a connu un recul de 500 000 euros de ses recettes publicitaires, a perdu près de 2 millions d’euros. Le Parisien – Aujourd’hui en France, premier quotidien national d’information générale avec une diffusion couplée d’environ 500 000 exemplaires, s’apprête à ouvrir un guichet de départs volontaires d’une cinquantaine de postes sur 537 salariés. Même le journal les Echos, réputé avoir les reins solides, va subir un plan d’économies drastique, de 12 à 14 millions d’euros, avec 30 à 40 départs volontaires. Le quotidien économique de Bernard Arnault a perdu 5 millions d’euros en 2010.

Assiste-t-on à l’effondrement d’un secteur, comme autrefois avec la sidérurgie ? Les jeux sont loin d’être faits. Au souffle morbide qui a ébranlé les journaux dans le monde, forçant 14 titres américains à mettre définitivement la clé sous la porte depuis 2007 (en plus des 11 autres qui tentent des offres hybrides ou 100% numériques), les éditeurs ont pris le parti de regarder devant pour trouver un modèle susceptible de compenser la baisse de leur diffusion et de leur chiffre d’affaires. L’issue ne pouvait être que dans le numérique, devenu d’usage grand public : le Web d’abord, sur lequel la plupart s’étaient engouffrés en gratuit, à la fin des années 90 et au début 2000.

Comme Alexandre Pougatchev souhaite le faire pour France-Soir, une première en France pour un quotidien national, des journaux sont passés complètement de l’autre côté. En avril 2009, le grand quotidien de Boston Christian Science Monitor a ainsi abandonné son édition imprimée pour l’information en ligne gratuite assortie d’un hebdomadaire papier payant. En France, le quotidien économique et financier l’Agefi avait lui passé son édition quotidienne intégralement sur le Web en 2005, tout en conservant une édition hebdomadaire papier payante.

D’autres marques sont nées de toutes pièces sur la Toile avec l’ardeur qui préside au lancement d’un journal, expérimentant chacune un modèle différent. En France, des anciens de Libé ont lancé le 6 mai 2007 Rue89, site gratuit, accompagné depuis par un mensuel papier, qui tutoie aujourd’hui les 2 millions de visiteurs uniques. Mediapart, initié par Edwy Plenel, a suivi en 2008 avec un projet payant, 36 journalistes et 58 000 abonnés aujourd’hui.

Car le payant a retrouvé des vertus auprès des éditeurs en quête de revenus. Le New York Times, après plusieurs hésitations, est revenu à une formule payante début 2011. Formule qui lui permet, aujourd’hui, de revendiquer 324 000 abonnés uniquement pour le Web. Le Financial Times compte 250 000 abonnés payants (dont 100 000 émanant d’entreprises). Longtemps pourfendeur du gratuit, le magnat des médias Rupert Murdoch a basculé le Times britannique au tout-payant en 2010. Même mouvement en France, où les journaux ont bâti des offres en ligne semi-payantes (le Monde, Libération, le Figaro…).

Surtout, les quotidiens se sont précipités sur les supports mobiles, tablettes et smartphones, pour diffuser leur contenu. C’est, d’ailleurs, la position du gouvernement : le salut de la presse écrite est dans l’ardoise numérique. Tablettes et liseuses «redonnent à la presse en ligne la cohérence et la structuration qu’elle avait perdues sur les écrans d’ordinateur», écrit le Centre d’analyse stratégique, qui dépend de Matignon, dans une note publiée fin novembre.

Hubs. Aux journalistes désormais de faire leur mue. Nouveaux formats, nouvelles écritures, multimédia, data-journalisme… Si le print et le Web se sont longtemps observés en chiens de faïence, les rédactions encouragent désormais les passerelles bimédias, ponctuelles ou pérennes. A l’approche de l’élection présidentielle sont apparus des «hubs» politiques, travaillant à la fois sur le papier et sur Internet (à Libération et au Monde notamment).

Plus largement, les journalistes peuvent se saisir de tous ces nouveaux outils à disposition, qui permettent une forte réactivité et une diffusion plus large. A commencer par les réseaux sociaux : un article du New York Times est tweeté toutes les quatre secondes. Et le compte Twitter de Nicholas Kristof, l’un de ses plus prestigieux journalistes, compte 1 204 502 abonnés. Un média à lui tout seul.

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